QUELQUES PENSEES DANS L’INTIMITE DU PEINTRE

Née à Aix en Provence et vivant à Antibes, ma peinture vit et respire la Provence, en tous cas ses lumières, ses couleurs! Après mes études à l'Ecole du Louvre à Paris et aux Beaux-Arts, puis en Faculté d'Histoire et Géographie, et enfin un métier dans le journalisme, la peinture me rattrape dès que je décide de repartir vivre dans le Sud de la France. Le soleil, la lumière et les couleurs me donnaient tellement envie de peindre... pourquoi résister? Très vite, les galeries se sont intéressées à mon travail, de Saint Paul de Vence à Paris, de Londres à Montréal, ...

Aujourd'hui, ma peinture voyage et mes couleurs s'envolent partout dans le monde.

 

Devant une toile, je me plonge dans le domaine des sensations, pures, intimes, là où la peinture ne devrait jamais cesser d’être. J’aime trop la couleur pour avoir besoin du dessin! J’aborde une toile ou un papier directement au pinceau car je veux oublier le trait, la ligne. Ils bloquent les choses, ils bloquent les couleurs alors que tout doit s’interpénétrer et surtout aller où bon lui semble; comme une aquarelle où eau et couleurs se mélangent pour former de nouvelles formes de manière très aléatoire. J’ai ma propre conscience de la réalité, elle est probablement différente de celle vue par tous, car j’y ajoute une dimension intérieure: celle de l’âme.

Chacune de mes peintures est une peinture de l’instant, d’un mouvement, d’une note lancée grâce à un trio indissociable:

la couleur, l’espace et la lumière.

Pas de théorie, pas de règle, pas d’appartenance à une école ou un mouvement, je reste libre de peindre ou pas......... au point d’en être sauvage et isolée! J’ai trop décortiqué la peinture des autres pendant les 4 ans que j’ai passés à l’Ecole du Louvre, pour ne pas m’exposer à cela! Je veux partager mon plaisir de peindre et la folie de mes couleurs, c’est tout, le reste est trop intime car je suis à la fois inépuisable et tellement vulnérable. Je ressens tout autant la beauté des choses que la peine et la jalousie; ce qui semble me sauver est ce goût de l’instant qui me permet de vivre la saveur ou l’amertume de l’unique sachant que l’instant qui suit est tout autre: une légèreté essentielle et indispensable pour pouvoir tout traverser, tout éprouver et ne rien retenir.

 

Je veux ma peinture heureuse et contagieuse! Car à considérer ce qui manque ou ne va pas, on s’enfonce dans la morosité et l’insatisfaction. Mais à cueillir ce qui est beau, s’attarder sur ce qui fait du bien, on s’élève au dessus de la condition souffrante humaine: en peignant je dis merci et rallume toutes mes étoiles en déposant ici et là des aplats de couleurs qui sont mes traces de vie.

Ma toile n’est finie que lorsque le geste créateur a dépassé ses limites humaines et temporelles ; une toile c’est peut être plusieurs heures, de toute façon plusieurs jours, voire plusieurs années!

Impossible de brusquer le temps, puisque j’attends mon rendez-vous! Je suis devant le blanc de cette toile et ne sais encore quoi peindre, comptant toujours sur une «prémonition» de mon âme à m’offrir cet acte créateur qui ne dure que quelques secondes.

 

 

 

Un tableau c’est plusieurs heures, plusieurs jours voire tellement plus encore et tout au bout de ces heures la parenthèse «magique» qui m’emplit d’une énergie mystérieuse au sens pur: je suis en fusion, étreinte et abandonnée. Je connais ce mirage, je le réclame, c’est un rendez-vous que j’attends pour chacun de mes tableaux.

J’exige la symbiose qui guide mon bras, l’euphorie qui finit d’écrire ma toile, qui se sert de moi. Je me sens «accordée», «occupée» par la promesse d’un «bon» tableau : un mouvement des mains qui fait la différence, ce n’est plus moi, ma peinture à un autre «interlocuteur», elle dialogue avec l’Essentiel. Mais que tout ceci est fragile!

Je ne maîtrise rien, ma tête n’est plus dans ma main.

Je ne vis pas ce rendez-vous en permanence! La plénitude, et c’en est une, ne s’annonce pas, mais je l’attends pour la vivre car ma peinture alors se dévide dans une bouleversante confiance pour s’épanouir dans une très     -trop- fugace révélation au sens étymologique, une divine dimension qui entrevoit le monde dans une splendeur évidente.

 

Toutes mes toiles ont vécu cet instant délicieux, et moi je suis dans l’attente des prochains, et cela m’affame trop souvent! Je réclame ce lien qui me fonde dans la Création, lieu fondamental qui fait couler une sève dans mes pinceaux. Mon esprit s’est vidé pour que je vive ce qui reste inaccessible à la raison. Le temps et les mots s’évaporent, on reste conscient et libre mais riche d’une espèce d’activation mentale voire mystique qu’on en redemande! Sentiment de communion avec l’œuvre, une chance inouïe et si espérée de se peindre dans son oeuvre.

 

 

 

Ô temps! Suspends ton vol! Je vis l’effervescence, l’ardeur, la lumière!

Âme qui vive! Plaisir presque physique aussi tant la sensation est intense et chaude d’être au cœur du mystère: le secret d’un tableau fini! Plaisir fugace tant il s’efface et se dissout en me laissant orpheline et fière!

 

 

"Je veux ma peinture heureuse et contagieuse!"

"[...] la Création, lieu fondamental qui fait couler une sève dans mes pinceaux."